UTMB

Ete 2012: je suis inscrit à l'UTMB mais bonne nouvelle (la météo sera pourrie cette année là), je ne suis pas tiré au sort ;-)

Janvier 2013: J'ai ma priorité, me voilà donc inscrit à l'édition 2013.

29 aout 2013: je suis malade. J'ai mal au crane et je suis nauséeux. Merde, putain... à quoi tient une course parfois ?

30 aout 2013: Ouf, le mal de crane et les envies de vomir ont disparu. Les nausées c'est nouveau, mais je suis coutumier des maux de tête à la suite d'un trajet en train: probablement à cause d'une certaine déshydratation.

16h20. 10 ans que j'y pense, 10 ans que j'espère et j'attends d'être sur cette ligne de départ. Pourtant je suis assez zen, je ne me prends pas la tête. Mon seul objectif est de finir la course et si j'abandonne, je n'en ferais point un drame. Quelques minutes plus tôt, je suis réveillé de ma mini sieste à l'ombre des bosquets près de l'église pour prendre place parmi les dernières positions. Pas envie mais alors pas envie du tout de me prendre la tête à glander je ne sais combien de temps à l'avance sur le bitume pour être mieux placé.

16h29, la musique de Vangelis retentit. Immanquablement, j'ai les poils qui se hérisse sur tous le corps et une petite larme n'est pas loin de perler dans mes yeux.

16h30: GO ! Evidemment, vu le nombre de coureurs devant, il va falloir patienter un peu avant de se dégourdir les jambes. Mais bon, après 100m et un petit virage, on devrait pouvoir commencer à trottiner. Nenni ! Les minutes passent et pas moyen d'avancer, quelle frustration ! Au bout de 7 à 8 minutes de course, on peut enfin trottiner à la sortie de la rue du docteur paccard. En quittant Chamonix, je commence l'opération "remontée du peloton".

La route est large jusqu'aux Gaillands puis le chemin jusqu'aux Houches l'est suffisamment pour autoriser les dépassements. La montée vers le Delevret se fait dans une foret de bâtons, il faut rester concentré pour éviter les coups. L'organisation de la Montagn'hard interdit l'utilisation des bâtons dans les premiers kilomètres. C'est d'une intelligence rare et sur ce point l'UTMB n'est pas au niveau. Par respect pour les autres coureurs, mes bâtons attendront St Gervais pour sortir du sac à dos.


J'avais entendu dire que la descente du Delevret était raide mais là, je suis sur le cul, c'est effectivement particulièrement raide ;). A peine un kilomètre de descente et je sens déjà mes quadriceps qui râlent avec ce qui semble être un début de contracture à la cuisse droite (sic). C'est mal barré c't'histoire ! La première des innombrables pauses pour soulager ma vessie est l'occasion de souffler un peu et de penser à bien descendre calmement: la route est longue.

Le parcours entre Saint Gervais et les Contamines ne me laissera pas des souvenirs impérissables. Que faire sur les zones de plat ? Relancer en courant ? Rester tranquilou et réserver le pas de course aux seules descentes ? J'opte finalement pour une stratégie mixte: course pépère agrémentée de passages en marche de façon régulière pour préserver la machine.

La nuit tombe sur les Contamines et il y'a un monde impressionnant aux alentours du ravito. Mais surtout, les spectateurs y sont formidables, quelle énergie dépensée à encourager les coureurs ! Même topo à Notre Dame de la gorge quelques kilomètres plus loin où si le nombre de spectateurs est moindre, l'enthousiasme ne l'est pas moins. Milles merci à toutes les personnes présentes là bas, c'était vraiment plaisant.

Passé ce point, c'est la montée du col du bonhomme qui démarre. Ravito de la Balme, manches longues obligatoires me dit un bénévole. Je n'ai pas froid avec mon seul tee shirt sur le dos mais je ne cherche pas à discuter et enfile une gore tex... dont je vais retrousser les manches un peu plus haut et même enlever: trop chaud !

Ma descente vers les Chapieux se fait avec un sentiment mitigé. Bonne nouvelle: ce qui semblait être un point dur et un "début de contracture" ressenti dans la descente du Delevret a disparu.Mauvaise nouvelle: les sensations au niveau des quadriceps ne sont pas gégé. Ca fait plus d'un mois et après une semaine d'entrainement à Chamonix et que je n'ai pas de bonnes sensations dans les jambes. Ca promets pour la suite de la course; va falloir gérer.

Bon, les descentes c'est pas top; le plat j'ose pas trop relancer par souci d'économie; il me reste les montées et je suis surpris de la différence de rythme que je peux avoir avec les coureurs que je dépasse, d'autant que je n'ai vraiment pas l'intention ni l'impression d'aller vite. Il me plait bien ce col de la Seigne: chemin pas technique, pas trop raide, défilé de frontales dans la nuit en regardant derrière moi et une descente assez courte pour rejoindre le prochain ravito du lac combal. 64km de course déjà et un gros point positif: je ne me sens pas fatigué du tout.

Un peu plus loin, mention spéciale au ravito du col Checrouit: il est tout petit, mais alors ces sortes de grandes chips avec une salade de poivrons réhaussée d'une légère vinaigrette un peu piquante, quel régal ! La descente vers Courmayeur est fastidieuse mais si les sensations (décidément je vais user et abuser de ce mot là dans ce récit :=) ) ne sont pas excellentes, elles ne se dégrade pas. Je reste une petite demi-heure au ravito histoire de me changer tranquillement. Arrivé de nuit au ravito, le soleil s'est levé quand j'en ressors.

Passé Bertone, je sais que je vais traverser une zone du parcours qui ne me convient guère : globalement du plat. Ressentant tout de même un peu de fatigue, j'adopte la même stratégie jusqu'au refuge Bonatti et même dans la descente vers Arvuna: alternance de marche & course. La tendance qui voulait que je double beaucoup s'inverse alors et je vois régulièrement passer des avions, bravo à eux.



La montée vers le col ferret est dure, dure, dure. Je souffre, mais bon au moins j'avance et j'ai le sourire. Néanmoins au sommet je suis inquiet. La descente vers Arvuna n'a pas été super et si maintenant je commence aussi à souffrir en montée mes chances d'aller au bout sont bien maigres.Je prends alors une décision curieuse sur le papier et qui va avoir des résultats étonnants: tenter d'envoyer du gros dans la descente jusqu'à la Fouly, même si j'ai mal aux cuisses. Etonnant car si la descente n'est pas technique ce qui est un avantage pour mes pieds de parisien, une fois lancé j'arrive à faire abstraction de mes cuisses et j'avance à une vitesse impressionnante sous le regard ahuri des trailers que je double. Ahuri, je le suis toujours à posteriori: comment ai je pu passer en quelques minutes d'un état de fatigue et de moral franchement pas terrible et une telle euphorie ? Je veux bien croire qu'on puisse passer par tous les états dans ce type de course mais là c'est fou. Sur la fin de la descente en doublant pleins de trailers je me suis même mis à courir comme un dératé.



Après la Fouly, l'euphorie est passée. Mais à défaut d'être vraiment bien, je reste en meilleure posture que dans la section Bertone-Col Ferret. Surtout, il reste 60km de course et évidemment ça change tout. Ce qui me tracasse à ce moment de la course, ce sont mes pieds qui me font mal, très mal. En enlevant mes chaussettes, je découvre que je n'ai pas d'ampoules mais que des "plis" impressionnants se sont formés sous la plante des pieds. A partir d'ici jusqu'à l'arrivée, je ferais des arrêts réguliers pour me masser avec de la nok que j'ai eu la bonne idée d'emporter.

La montée finale vers Champex est interminable et au ravito, j'envie les coureurs et coureuses qui bénéficient d'une assistance. J'aimerais tellement enfiler des chaussettes propres. La section relativement plate avant Champex, j'ai géré; la descente avant la remontée vers Bovine. Du coup, comme j'ai encore pas mal d'énergie à ce stade de la course, je fais une belle montée .... et une très belle descente. Certes, ce n'est pas la descente supersonique vers La Fouly et je marche tranquillement sur les passages un peu technique mais tout de même, à ce stade de la course je suis ravi.

Je ressors du ravito de Trient plein de confiance pour la suite. J'ai fait une belle descente de Bovine, je ne me sens pas fatigué, ça commence à sortir très très bon.Sur un panneau, je constate mon classement: 262ieme ? Pas mal, et en plus si je continue sur ma lancée, je devrais faire un temps dans les 32h, ce qui est hallucinant alors que j'ai géré et que je n'avais aucune ambition chronométrique.

Dans la montée vers Catogne, je n'ai pas la sensation d'aller lentement et pourtant un groupe de trailers que j'avais largement semé dans la montée vers Bovine me ratrappe. Je ne le sais pas encore à ce moment là, mais c'est le début de la fin en ce qui me concerne. La descente vers Vallorcine est un calvaire ! A l'évidence c'est la fin d'une section de course "Col Ferret-Trient" où je me suis senti vraiment bien, mais à la sortie du ravito je ne me doute pas que les choses vont s'aggraver. Jusqu'au col des montets, je m'accroche à deux trailers. Si j'étais dans mon état normal je n'aurais aucun mal à suivre ce pas cadencé tandis que là, je suis contraint de faire un effort mental très important pour ne pas ralentir. Objectif: rester avec eux jusqu'aux col des montets; je sais très bien que monter avec eux à la tête aux vent serait illusoire. C'est dans cette montée vers la tête aux vents que je réalise l'ampleur des dégats. Je n'avance plus ! Mais plus du tout, c'est dingue; je suis quasiment incapable de mettre un pied devant l'autre ! Mais pourquoi donc ? La descente vers Catogne, je pouvais comprendre avec mes quadriceps qui accusait le coup, mais là je n'ai pas ce problème et je suis sans la moindre force.

Aujourd'hui encore je ne suis pas sûr de bien comprendre ce qui a pu se passer... à priori une hypoglycémie aggravé par la fatigue ? Si j'ai utilisé le terme "calvaire" pour qualifier la descente vers Vallorcine, alors quel mot utiliser pour le trajet restant jusqu'à Chamonix ? La montée vers la tete aux vents ? Interminable ! Les 3 kilometres entre la tete aux vents et la flegere ? Pire encore, une horreu, la pire section de tout mon parcours ! La flegere: je me dis que c'est la dernière descente et qu'en me faisant mal je devrais réussir à avancer, un peu sur le même modèle que la descente vers la Fouly même si bien évidemment, ce n'est pas la même musique. Peine perdue, je me fais mal mais le moral n'y est pas et la vitesse non plus. Je voulais faire du 80% course lente/20% marche, je vais avec peine parvenir à faire l'inverse. Après le chalet de la floria je sais que le terrain n'est pas technique et que ça va me faciliter la tache pour relancer. Même pas, impossible de courir !

Au moins une bonne chose: le calvaire est bientôt terminé et je m'imagine déjà sous la douche puis dans mon lit d'hotel ;-) Il est 3h du matin quand j'arrive vers la ligne d'arrivée, étonné de voir quelques spectateurs enthousiastes qui me redonne un peu de courage pour faire les dernières centaines de mètres en courant. Ca y'est, j'ai fini l'UTMB ! La fin de parcours aura été une telle galère que le soulagement dépasse de très très loin le bonheur que pourrait représenter le franchissement de ligne d'arrivée.



Sitôt cette ligne franchit, mon principal souci est de trouver un moyen de m'éviter les 2 petits kms qui sépare le centre de Chamonix de mon hotel aux Gaillands. Pas de navette ni de taxi disponible à cette heure, je tente l'auto stop: bingo, 1er conducteur qui passe, la voiture s'arrête et ce belge qui a élu domicile dans la vallée de Chamonix me rends un fier service. Ce coup-ci, c'est vraiment terminé ;-)

Alors quel bilan de la course ?
Tout d'abord la place et le chrono: une belle satisfaction pour moi qui n'avais strictement aucune ambition de ce coté là et qui n'ai vraiment pas cherché à faire de chrono. Mais aussi une petite déception, un temps en 32h aurait eu une autre gueule. Coté déception toujours, cette fin de course absolument horrible avec une défaillance que je n'arrive toujours pas à expliquer et qui vient ternir une course qui aurait pu être extraordinaire de bout en bout.

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