Ascension du chachani
A peine ai je mis les pieds dans Arequipa que je fais le tour des agences de trek pour prendre des renseignements sur l'ascencion du Chachani et du Coropuna. Ce dernier sommet constitue mon objectif final. Toutefois, j'ai croisé Max & Bernd ce matin qui partent le jour même pour le Chachani. Ca me donne envie de le faire moi même et puis ça fera une bonne acclimatation pour le Coropuna.
A cette période de l'année, il est difficile de se joindre à des groupes pour faire le Chachani. La plupart des gringos souhaitent faire le Misti voisin. Je finis par m'inscrire pour un départ le lendemain auprès d'une agence sans nom de la Calle Jerusalen.
Jour1: Arequipa - Camp de base du Chachani (5300m)
Christian, le guide super sympa que j'avais croisé la veille passe me chercher à l'hotel. Faut se grouiller: le 4x4 est garé sur le coté et si un flic débarque, c'est l'amende assuré. Bing, ca ne loupe pas: le temps de déposer mes bagages au "deposito" et un flic rédige une contredanse. S'ensuit une discussion amusante entre Christian et le représentant des forces de l'ordre. Une petite piece de 5 soles et tout s'arrange, lol !
Je fais connaissance avec Emilio, un espagnol super sympa qui sera mon coéquipier pour cette ascencion. Emilio est sportif mais pas trop acclimaté. Quand il me décrit ce qu'il a fait, je doute qu'il ne parvienne au sommet quoique ce ne soit pas impossible. Christian ne manque pas de discussion et le long parcours de 4x4 jusqu'au pied du Chachani passe très vite sous fond musical de Manu Chao et Mar de Copas (groupe pop péruvien). Une fois arrivés à destination, le chemin est court jusqu'au camp de base. Reste à planter les tentes, discuter et diner tranquillement, non sans baigner dans la fumée de la Marijuana de Christian (c'est surement pour ça que le terme "tranquillement" me vient à l'esprit ).
Jour 2: Camp - Sommet 6050m - Arequipa
Je ne sais pas si c'est le fait de dormir avec Emilio dans une petite tente, mais je n'ai pas eu froid, c'est le moins qu'on puisse dire. Enfin, dormir, c'est un bien grand mot puisque je n'ai pas fermé l'oeil de la courte nuit. Départ prévu à 2h du mat si j'ai bonne mémoire.
Il fait froid sans plus. Arrivés sur un replat, il nous faut chausser les crampons pour traverser des étendues de neige couverts d'ignobles pénitents. Les crampons sont des vrais merdes: des crampons à lanières un peu trop usagés. Emilio a beau se débattre avec, il finit toujours par déchausser. Et finalement, c'est la même chose pour moi. Finalement, un peu paniqués et essuyant des rafales de vents phénoménales, Christian prends la décision de nous faire monter sans crampons... le tout avec nos pauvres chaussures de trek, c'est la fete !
Les agences d'Arequipa sont pénibles: pour diminuer les coûts, elles font toutes monter les touristes avec leurs chaussures de trek et des crampons à lanières. Ca peut le faire (mettre deux paires de chaussettes quand même - n'est ce pas Matavenga ?), mais ça serait infiment plus raissonable de mettre des coques plastiques étant donné le froid qui peut régner sur ce sommet. Si on fait abstraction des pénitents et des plaques de glace qu'il y'a ça et là, monter en chaussures de trek est somme toute faisable. Ouf, ce n'est pas du suicide... Il faut dire que le sommet n'est pas technique, loin s'en faut. Sur les passages neigeux, on fait ni plus ni moins de la traversée de névés et on grimpe quand le sol est dépourvu de neige, ce qui constitue l'essentiel de l'ascencion, surtout sur la fin.
Plus on approche du sommet, plus Emilio se sent mal. MAM ? Il vomit, ce qui pourrait laisser à penser que oui mais le doute est permis dans la mesure où il n'avait même pas de petit mal de crâne après la nuit à 5300m. Plusieurs fois, il veut abandonner, déclarant qu'il ne peut plus. Dans ces cas là, on dit souvent que le mental déclare que le corps ne peut plus avant qu'effectivement, le corps ne soit plus capable d'avancer. Je me charge de le lui expliquer tout en lui disant que c'est dur pour moi aussi, ce qui a pour effet de le rassurer un peu (il a surement peur d'être un boulet).
C'est vrai que c'est dur, putain ! Ca grimpe raide, et j'ai beau être super bien acclimaté, l'effort est intense. M'est avis qu'à ces altitudes là, il doit être difficile de rouler des mécaniques. Par orgueil, je me permets quand même de me faire plaisir avec un petit bout droit mené tambourd battant mais sans me mettre dans le rouge. Ahhhh, ça fait du bien ! Finalement, Emilio grimpe pas si mal et on parviens au sommet vers 7h du mat.
La vue du sommet est pas vilaine sans plus. On n'est pas dans une configuration haute montagne avec les sommets enneigés. Quelques champs de pénitents et les volcans enneigés au loin (Coropuna, Ampato) agrémentent quand même le paysage. Je me contente de quelques photos et d'un morceau de soufre en guise de souvenirs et on descends.
Curieusement, Christian est moins enjoué qu'hier, est ce parce qu'Emilio est tout de même bien malade ? Bof, du coup la descente est longue et chiante, de même que le retour vers Arequipa. Un peu de piment quand même avec le 4x4 : après diverses séances de poussées et de descentes au point mort sur la piste, Christian mettra une bonne heure avant de parvenir à le démarrer.
Bilan
L'ascencion n'est pas très esthétique et après avoir fait le Pisco, je suis franchement déçu de ce coté là. Bon, le coté sympa évidemment, c'est que c'est un premier 6000m. Mais pour un grimpeur ayant déjà franchi cette limite, l'intérêt est limité. Quoique ça peut permettre de parfaire son acclimatation pour un sommet plus important comme le Coropuna. Coropuna où je déciderai de ne pas aller de peur de me taper des pénitents du début à la fin. Erreur ! Max & Bernd - mes deux allemands préférés - iront au sommet et n'en rencontreront pas un seul (sic) !
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